Si les progrès de la médecine permettait de guérir la cécité

Rédigé par Raphaël Aucun commentaire
Classé dans : Le bigle data Mots clés : aucun
Bien sûr, tu accepterais, c’est évident !
Moi ? Oh non ! J’ai toujours vécu ainsi, ça serait trop de bouleversements dans ma vie !

C’est l’une des éternelles et multiples réflexions que les gens vous font quand ils discutent avec vous. Et quand vous leur répondez que vous ne le souhaiteriez pour rien au monde, c’est un cataclisme dans leur schéma de pensée !

Ah mais pourquoi ? Ça serait une chance non ?


Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ?
C’est la question que se posait le philosophe Thomas Nagel, en 1974. Il développe l’argument selon lequel nous n'avons totalement aucun moyen de savoir ce que c’est qu’être une chauve-souris : l’unique moyen d’y répondre serait d’être soi-même une chauve-souris.

Si une personne voyante, ne peut réellement imaginer ce que cela fait d’être aveugle (même les yeux bandés) ; de même, une personne qui n’a jamais vu ne peut imaginer quel effet cela fait d’être voyant. Une personne atteinte de cécité dès la naissance (ce qui est grossomodo mon cas) ne s’est non pas réadaptée à sa condition, mais elle s’est construite avec, elle s’est fait un schéma mental du monde qui l’entoure, grâce à ses autres sens. Elle a appris à être attentive à son ouï, à son odorat, à toucher pour reconnaître des objets, à lire avec ses doigts. Son environnement perceptible se limite à son propre corps, à la célérité du son, aux odeurs proches. Elle ne se rend compte de la présence d’un objet que si elle y a été confronté physiquement.

Donner la possibilité à une personne aveugle, de percevoir au-delà de son envergure corporelle, même de façon primitive, la présence d’objets autour d’elle, c’est ce qu’offre la canne électronique Tom-Pouce ®. Si un certain nombre se lancent dans l’aventure, beaucoup d’autres aveugles préfèrent conserver l’emploi de la canne traditionelle. En effet, utiliser la canne électronique, c’est prolonger virtuellement la longueur de la canne et par conséquent, recevoir beaucoup plus d’informations sur son environnement qu’avec une canne classique. Pourtant, peu de différence quant à la nature de la donnée fournie entre canne blanche traditionnelle et canne électronique, si ce n’est la forme. En effet, d’un côté on est informé de la présence de l’objet par contact du bout de la canne, de l’autre, on reçoit la donnée par vibrations. Ni dans un cas, ni dans l’autre, on ne sait quel obstacle on a rencontré. La réelle difficulté, c’est le périmètre de perception qui est décuplé et qu’il faut intégrer dans son cerveau. C’est un travail long et fastidieux. On peut se douter que déjà à cette échelle, si cela demande de déployer une énergie substentielle et que si des aveugles sont réticents à adopter cette technologie, imaginez si on leur offrait la possibilité de voir !


Quand-même ! je ne comprends pas comment on peut refuser cela ! c’est inpensable !
OK ! Admettons que cela soit réalisable.
Aïe ! qu’est-ce que c’est que toute cette lumière ? J’ai mal aux yeux, j’ai la migraine ! Je ne comprends pas ce que j’aperçois !

Imaginez que vous resortiez d’une longue période de totale obscurité, comme l’a expérimenté Michel Siffre en 1962 ; vous auriez à peu près la même réaction. Imaginez une personne sourde qui aurait recouvré le sens de l’audition ; elle serait plongée dans un vacarme absolument infernal, elle serait incapable de distinguer les sons et ne comprendrait pas ce que vous lui diriez, car elle ne parle pas la langue de son propre pays. Il en irait de même pour une personne aveugle qui recouvrerait la vue. Bien que doté de la vision, elle souffrirait très certainement d’agnosie visuelle, c’est-à-dire qu’elle serait dans l’incapacité de reconnaître des objets tant qu’elle ne les aurait pas touché. Elle serait baignée dans une lumière blafarde, qui lui ferait extrêmement mal aux yeux. Elle serait également dans l’impossibilité d’utiliser sa vue pour se diriger.


Si les progrès médicaux pourront certainement être profitables à des personnes ayant récemment perdu la vue, je pense qu’ils le seront moins pour un aveugle de naissance ou depuis trop longtemps sans ce sens. La rééducation serait difficile voire impossible, les efforts seraient certainement trop important par rapport au bénéfices espérés.

Mais ceci n’est que mon avis ! D’autres auront sûrement un tout autre discours et tant mieux !

Les commentaires sont fermés.

Fil RSS des commentaires de cet article