Comment te déplaces-tu dans larue ?

Rédigé par Raphaël 2 commentaires
Classé dans : Le bigle data Mots clés : aucun
Se déplacer, se repérer dans la rue, ça s’apprend, grâce aux techniques de locomotion.

Une transmission familiale impossible

Un enfant, quand il est petit, apprend de son entourage familiale un nombre incalculable de choses, par imitation et éducation. Il apprend à observer son environnement avec ses yeux, énormément d’informations lui arrivent visuellement. Il apprend naturellement à s’orienter, on lui enseigne qu’il faut traverser quand le bonhomme est vert, qu’il faut attendre quand il est rouge. Mais comment transmettre tout cela à un enfant qui ne peut s’appuyer sur les mêmes codes ? Comment papa et maman peuvent lui apprendre à se servir d’une canne blanche alors qu’ils n’ont aucune idée de la méthode à suivre ?

L’instructeur en locomotion

C’est le rôle de l’instructeur en locomotion. C’est un professionnel qui apprend à une personne déficiente visuelle à se déplacer en sécurité avec un maximum d’autonomie et d’aisance. Il enseigne non seulement le maniement de la canne, mais éduque au développement des différents moyens de compensation : sens de l’observation, sens de l’orientation et de la représentation mentale, utilisation des repères, de la mémoire ainsi que du raisonnement et de la réflexion logique.

La canne blanche

Je n’évoquerai ici que cet outil, n’ayant aucune expérience de mobilité avec un chien.

Origine

Inventée en France en 1930 par Madame Guilly d’Herbemont, elle permettait aux personnes aveugles de se signaler et d’obtenir de la part des autres usagers l’aide et l’attention nécessaire. Source de symbole, c’est après la seconde guerre mondiale qu’elle devient réellement un outil d’aide à la mobilité.

Caractéristiques

Légère et pliable, sa longueur est fonction de son utilisateur. Elle doit arriver au dessous des aisselles.

Maniement

Tenue en oblique, la canne doit être déplacée devant soit, dessinant un rayon de la largeur des épaules. Elle doit être toujours en opposition par rapport au pied qui avance. Lorsqu’on avance le pied gauche, la canne doit être déportée sur la droite et inversement.

Technique du glissé ou tapé

Certains préféreront la technique du glissé, consistant à maintenir un contact permanent avec le terrain ; d’autres opteront pour la technique du tapé, consistant à lever le bout de la canne à chaque pas. Ceci est personnel, chacun adopte la technique qui lui convient le mieux.

Les déplacements

Si la canne sert surtout à détecter les obstacles devant soit, à appréhender les aspérités du sol, son rôle est peu important dans l’orientation. En effet, c’est ici qu’entre en jeu la concentration de la personne déficiente visuelle sur tous ses sens disponibles : ouï, résidu visuel, sensations tactiles et kinesthésiques, éventuellement odorat. Lors de son déplacement, la personne va mettre en alerte tous ces sens. Par l’ouï, elle sera attentive à la perception des masses, c’est-à-dire qu’elle devra être sensible à l’écho que renvoie par exemple un mur quand elle le longe, pour détecter un décrochement, une ouverture de porte, une artère etc. Par le tactile, elle sentira l’aspect du sol sous ses pieds et sa canne, si le terrain est en montée ou en descente, les flux d’air etc.

En intérieur

En milieu confiné, les déplacements sont relativement sécurisants, la canne n’étant pas toujours obligatoire. La personne pourra utiliser la perception des masses assez aisément, frôler un mur avec les mains si nécessaire.

En extérieur

Concentrons-nous sur le cas de déplacements dans la rue.

Dans la rue, le milieu est beaucoup plus hostile et requiert une plus grande attention.

Caractéristiques d’une rue et ses différentes zones

Une rue peut avoir différentes caractéristiques : elle peut être large ou étroite, longue ou courte, circulante ou piétonne, en dénivelé ou plate, rectiligne ou courbe, commerçante ou résidentielle, encombrée ou dégagée, avec trottoir facilement repérable ou non.

Elle comporte deux zones principales, deux trottoirs et une chaussée. Mais elle peut aussi comprendre des contre-allées, des zones de stationnement et des pistes cyclables.

C’est grâce à tous ces sens évoqués plus haut que la personne déficiente visuelle pourra déterminer ces caractéristiques et détecter ces zones.

Éléments attendus et inattendus

La rue est peuplée d’éléments attendus et le plus souvents inattendus.

Parmi les éléments attendus on peut citer : les vitrines, les entrées (d’immeuble, de garage, de parking …), les poteaux, les changements de texture du sol, les dénivelés, les abaissements de trottoir, les intersections avec d’autres rues etc. Comme pour déterminer les caractéristiques d’une rue, la perception des masses et le sens kinesthésique seront mis à l’épreuve.

Parmi les éléments inattendus, que l’on peut aisément qualifier d’obstacles on retrouve : les véhicules mal stationnés, les portes de voitures dépassants largement sur le trottoir, les vélos et trottinettes imobiles ou en mouvement, les poubelles, les échafaudages, les tranchées mal sécurisées. Le plus amusant étant le piéton lui-même, le nez dans l’écran de son téléphone avec éventuellement un casque audio sur les oreilles. Dans ce contexte, c’est essentiellement la canne ou le chien et si possible le reste visuel qui sera impliqué, avec plus ou moins d’efficacité.

Se repérer, marcher droit

C’est grâce à la combinaison de tous ces aspects : caractéristique d’une rue, éléments attendus et inattendus, qu’une personne déficiente visuelle se constitue des repères tangibles. Elle sollicite sa perception des masses et l’écoute de la circulation pour observer au mieux un déplacement en ligne droite.

Les traversées

Nous aussi, on veut trouver du boulot, alors on traverse la rue. Et c’est peut-être le plus compliqué.

Dans ce contexte, l’audition et la concentration sont sursollicités car il faut analyser différents aspets.

Intéressons-nous surtout aux carrefours à feux, sans équipement sonore.

Avant de traverser pour atteindre le restaurant d’en face, plusieurs questions doivent se poser :

  • Le trafic est-il important ?
  • La circulation est-elle à double sens ou à sens unique ?
  • Combien de branches au carrefour ?
  • Combien de voies de circulation ?
  • Y a-t-il une ou plusieurs voies de bus ?
  • Est-ce un carrefour à feux ?
  • Le restaurant vaut-il vraiment la peine qu’on risque sa vie ?
Après avoir répondu au mieux à ces questions, c’est le moment de se lancer. Oui, mais seulement quand le petit bonhomme est vert ! Et c’est là que le temps peut être long ! très long !

Pour savoir quand traverser, la règle est simple. On traverse quand la circulation parallèle à soit démarre. Mais quand on n’est pas entraîné, on passe de longues minutes, sur les carrefours les plus complexes, à se demander quelle voie est en circulation, quelle voie est immobile, si les voitures qui démarrent sont celles de la voie parallèle ou celle face à soit.

Trajets connus et inconnus

Apprend-on des trajets par cœur ou bien apprend-on à s’orienter de manière générale ?

Les deux mon capitaine !

L’une ou l’autre approche est envisageable, tout dépend du besoin de la personne et de ses capacités de locomotion. Si, la volonté du moment de la personne déficiente visuelle est de s’approprier son quartier, pour être en mesure de faire ses courses toute seule ou tout simplement se promener, l’approche orientation est la plus appropriée. Si en revanche, la personne souhaite repérer immédiatement son trajet domicile / travail, l’apprentissage par cœur est approprié. Quoiqu’il en soit, il est toujours utile de basculer petit à petit d’un trajet appris par cœur à une approche plus géographique ; cela permet d’alléger son esprit et d’être en mesure de se rattraper en cas de perdition.

Représentation mentale

Sur ce point, chacun est différent. Pour construire cette représentation, certains apprécient disposer de cartes en relief, de projection linéaires sur une ardoise émentée, avec peu ou beaucoup de détails ; d’autres privilégient une implication plus physique, en réalisant directement le déplacement, ce qui est mon cas. Chez certains, la représentation est cartographique, avec énormément de détails sur l’agencement des rues, pour d’autre, comme moi, la représentation est plus vectorielle, telle rue relie un boulevard à un autre, on apprend les détails au fur-et-à-mesure de ses besoins.

Les dispositifs d’aide au repérage et à l’orientation

On peut distinguer deux ensembles de dispositifs : les dispositifs que j’appellerai structurels et les dispositifs personnels.

Les feux sonores

En France, les feux sonores s’activent sur demande de l’utilisateur, grâce à une télécommande. C’est une carte électronique placée dans le feu tricolore qui délivre un message sur l’état du feu par une petite voix.

Les balises sonores

Elles reposent sur le même principe que les feux sonores. Elles ont pour rôle de délivrer des indications par exemple à l’entrée d’un bâtiment, de donner des horaires de transport en commun.

Les bande d’éveil de vigilance

C’est un revêtement visuellement contrasté, posé au sol, détectable au pied ou à la canne ; on l’appelle également bande podotactile. Elle servent à signaler une traversée, le bord d’un quai ou la première marche en haut d’un escalier.

Les bandes de guidage

Ce sont des bandes en relief également posées au sol, qui ont pour rôle de tracer un cheminement d’un point à un autre. On en trouve notamment dans les gares ou sur des grandes places comportant peu de repères.

La canne électronique Tom-Pouce ®

Ce dispositif est excellent pour anticiper les obstacles dans un rayon de six mètres. Voire mon article sur le Tom-Pouce ®.

La magie du GPS

Avec le GPS, les problèmes de repérage, d’orientation, d’apprentissage par cœur ne devraient plus exister non ?
Si aujourd’hui, le GPS est une aide précieuse dans nos déplacements à tous, la personne déficiente visuelle ne peut malheureusement ou heureusement pas, tomber dans le piège de la facilité. Si ce merveilleux outil donne la possibilité de se lancer dans des trajets totalement inconnus, il doit être utilisé avec discernement. Au vu de son imprécision, il ne peut qu’être un indicateur de direction mais non une source fiable à cent pourcents ! De plus, appréhender un trajet inconnu avec GPS c’est bien, mais il vaut toujours mieux s’efforcer petit à petit de s’en passer si on est amené à effectuer plusieurs fois ce trajet.

Conclusion

Pour une personne déficiente visuelle, se déplacer est complexe et demande une réelle implication d’elle-même. Elle doit mettre en œuvre un ensemble de savoirs, qui demandent chacun un long apprentissage et de l’entraînement.

2 commentaires

#1  - verandre a dit :

Bonjour, C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai pris connaissance des propos mais peut-être, serait-il judicieux de préciser le positionnement de ces bandes podotactiles car n'est-ce pas au moniteur de locomotion d'apporter ses connaissances pour que la bande podotactile soit une vande d'éveil et de repérage dans son cheminement pour le déficient visuel.
En termes plus directs: les bandes podotactiles sont "posées " et non "disposées" au sol rendant leur exploitation par le déficient visuel bien aléatoire. Néanmoins, bravo pour ce travail de synthèse pédagogique. André

Répondre
#2  - Raphaël a dit :

Malheureusement vous avez raison, bien trop souvent, ces bandes sont mal posées car les techniciens voirie ne sont pas informées de leur utilitée effective. Il en va de même pour les feux sonores ; à partir du moment où ça parle, ça leur suffit mais ils ne font pas tester aux premiers concernés.

Répondre

Écrire un commentaire

Quelle est la dernière lettre du mot qpmex ?

Fil RSS des commentaires de cet article