Chronique du skieur pas chieur

Rédigé par Raphaël Aucun commentaire
Classé dans : Le bigle data Mots clés : aucun
Depuis tout petit, j’ai eu grâce à ma tante, l’immense chance d’aller tous les ans au ski. Mais comment est-ce possible quand on est aveugle ?

Chaque année, ma tante emmenait mon frère et moi aux sports d’hiver, à Val-Landry, en Vanoise. Elle a d’abord commencé avec mon frère, qui est plus âgé, puis nous a emmené par la suite tous les deux.

La question pour elle, s’est bien évidemment posée, de savoir qui pourrait m’initier au ski. Qui serait prêt à relever ce défi, sachant qu’elle ne connaissait presque personne dans ce milieu.

C’est par l’intermédiaire d’une de ses amies, Françoise, à l’époque propriétaire d’un magasin de location de matériel, que nous avons fait la connaissance de Chantal, une jeune monitrice, curieuse et prête à tenter l’aventure.

Il est difficile aujourd’hui, de décrire mes premières impressions qui datent d’environ 27 ans. Je crois avoir été surpris de cette sensation nouvelle de mes pieds glissant sur la neige. Je ne crois pas avoir ressenti de peur.

On me parlait de télésiège, de tire-fesses, de chasse-neige, de spatule, de fixation ; un nouveau vocabulaire s’ouvrait à moi. Qu’est-ce qu’une remontée mécanique ? J’imaginais quelqu’un qui tournait une manivelle.

Moi qui n’aime pas le sport, je ne considérais pas le ski comme tel. Pourtant, c’en est un, mais, vu de mon prisme, c’était un sport de loisir que l’on pratiquait une semaine par ans aux vacances de février. La différence avec le sport scolaire, c’était que le prof nous accompagnait et était lui-même à l’effort.

Durant toutes ces semaines de pratiques annuelles, Chantal, sans avoir d’expériences antérieures, a su trouver des techniques pour m’enseigner cette discipline et me laisser de plus en plus autonome. Aujourd’hui, je suis capable, sous son œil bienveillant, de « dévaler » des pistes rouges, lorsqu’elles sont peu fréquentées.

Pour la technique de guide, un des bâtons est l’accessoire indispensable. Chacun tenant une extrémité, il a paru naturel que je conserve le côté poignée et que le guide tienne l’autre. Attention, ce que je décris ici est le fruit de ce que nous avons inventé, ce n’est certainement en rien fidèle avec les règles de l’art de la pratique handisport ; mais après tout, je n’en sais rien. À assez bon niveau, le guidage avec bâton est utilisé essentiellement lors d’un passage compliqué, comme la transition d’une piste à l’autre, un chemin de forêt et lorsqu’il y a beaucoup de monde, rendant la descente en autonomie risquée. En autonomie, Chantal se place en amont, pour avoir une vue dominante et me laisse libre de mes virages. En parallèle, elle reproduit exactement les mêmes virages, pour lui permettre d’être réactive en cas d’indications de directions ou d’alertes à donner. Si cela demande certainement énormément de concentration pour « nos yeux », c’est une vraie liberté qui nous est offerte tout en étant en sécurité.

Si j’ai pu passer les trois étoiles, (fierté de gosse), aujourd’hui, je continue avec plaisir, lorsque mes activités me laissent une petite pause, à aller à la montagne et faire du ski. C’est un bonheur de retrouver les pistes avec Chantal !


Merci à Chantal de m’avoir accompagné durant toutes ces années. Merci à Grégoire, mon frère, qui a contribué à ma pratique après les heures de cours. Merci à ma tante Marie-Louise, qui cette année encore, m’a offert ce séjour alors qu’elle-même ne chausse plus les skis.

Les commentaires sont fermés.

Fil RSS des commentaires de cet article